L’inachèvement

Alors que se termine ce challenge 7 articles/7 jours, le sujet d’aujourd’hui m’est apparu avec évidence. C’est la meilleure occasion pour parler de la procrastination, mais surtout de ce mal très répandu chez les artistes et créatifs de tous genres : souvent commencer, ne jamais finir.

Je pense avoir été un très beau spécimen de la procrastination sur cette terre, et si je peux me sentir légitime dans un domaine en particulier, c’est bien celui-ci. Mais sur mon parcours, j’ai pu mettre le doigt sur certaines solutions qui ont grandement contribué à ma créativité actuelle (d’où viennent ces roses qui me tombent dessus ?). Et je vais essayer de vous en parler au mieux dans cet article.

À présent, nous allons évoquer les 10 raisons qui font que nous ne terminons jamais ce que nous avons commencé, accompagnées de quelques solutions à mettre en application dès aujourd’hui.

La profusion des possibilités

Adolescent et même post-adolescent, j’étais l’un des pires déserteurs au monde. C’est un âge où l’imagination est encore alimentée par l’enfance, où les idées fusent comme des comètes, si bien qu’il est difficile de courir après. Mais elles arrivent tellement nombreuses qu’on finit rapidement par en avoir plein les bras. Il n’y a que l’embarras du choix ! Il suffit de se pencher, de ramasser et de commencer.

Animé par un désir profond de parler de soi, de s’expliquer, de condamner les affres de la société et de déclamer sa souffrance juvénile, on se précipite sur n’importe quel sujet plus ou moins torturé et démesurément ambitieux afin d’en faire le support de notre révolte artistique.

Mais c’est aussi un âge où l’on ne se connait pas, ou très peu. Nous sommes en constante mutation et le miroir nous rend une image de nous même méconnaissable. Le trouble de l’identité nous frustre, nous renvoie à des souvenirs et à des constats désagréables sans jamais nous épargner du jugement, qu’il soit intérieur ou extérieur (qu’il soit réel ou non).

Nous ne nous posons jamais la question du pourquoi. Quelle est la raison qui m’a donné envie de commencer ce livre ? Des raisons de nous exprimer, nous en avons un certain nombre. Le monde nous parait hideux et injuste, les autres cruels et ignares, les parents sont pour nous comme des poids ou des instances insurmontables, les professeurs nous renvoient leur grandiose insuffisance et leur manque cruel de substance à la gueule, nos passions nous torturent sans vergogne… Mais notre identité est un désert, un volcan, une côte hostile où aucun bateau ne peut accoster.

Ce trouble, informe et abscons, nous empêche toute définition stable et tangible du monde, de l’altérité et de nous-mêmes.

Alors quand nous ouvrons notre cahier ou notre fichier texte sur l’ordinateur, la première chose qui nous vient, la première semence qui imprègne le papier, c’est l’incompréhension, la confusion et la révolte aveugle.

Il n’est pas question de faire une généralité de cette description, ce sont seulement les expériences et souvenirs que beaucoup de gens ont de cette période. Cette époque était le début de tout, le commencement du désir. Nous ne pouvions pas faire autrement. Toutes ces douleurs ne sont pas des motifs suffisants pour abandonner. Et même si nous ne terminons jamais, nous persistons dans l’envie profonde de s’exprimer, et par là même, de sortir de soi.

La passion des débuts

Et puis si nous commençons autant de projets à la fois, c’est dû à cet enthousiasme infini ! Que les débuts sont beaux, qu’ils sont excitants et sujets à la joie ! C’est le printemps de l’esprit, l’éclosion des sentiments. On ne peut pas s’en empêcher, ça jaillit tout seul, dans la sincérité et l’immédiateté la plus absolue !

C’est sans doute trop… Beaucoup trop parfois. Le problème de cet enthousiasme innocent et spontané, c’est qu’il se croit éternel, inéligible à l’obstacle. Mais une fois les premières pages écrites, il s’évapore aussi rapidement qu’il est apparu.

Quoi donc ? L’art ne serait pas constante joie ? La création ne serait pas l’expérience même de la félicité éternelle ?

Nous en avons tous fait l’expérience… C’est là l’opinion d’une âme jeune.

Nous sommes peu organisés, nous nous précipitons, nous créons des situations et des personnages à la pelle… Et très rapidement, nous constatons que notre histoire n’est qu’une pelote de nœuds, comme lorsqu’on laisse trop longtemps ses écouteurs dans notre poche ou dans un sac.

Nous nous retrouvons face à des paradoxes, des soucis de cohérence qui nous semble tout à fait insurmontable…

Comment en est-on arrivé là ?

Le soucis de la méthodologie

L’image de l’écrivain, ou de l’artiste en général, a trop souvent été mêlée de fantasmes et exagérations propices aux malentendus. Nous parlions l’autre fois de l’inspiration divine… C’est un bon exemple de ce dont on est entrain de parler. Et ce fantasme n’est pas exclusivement réservé aux profanes : il vient aussi de l’artiste lui-même.

Non, faire un livre ne se résume pas à l’écrire. Selon le sujet, le format et le genre, il peut nécessiter un certain nombre de préparations diverses.

Il peut y avoir tout un univers fictif à créer, des personnages, des lieux, des concepts, voire des objets ou des idées philosophiques. Le projet peut nécessiter des recherches plus ou moins longues et exigeantes, que ce soit dans le domaine scientifique, historique, sociologique… Et selon les méthodes d’écriture que vous choisirez, il sera peut-être essentiel d’établir un plan, une chronologie ou ne serait-ce qu’une liste de scènes clefs, de moments charnières, de plaque tournante narrative, etc.

Le travail en amont d’un travail artistique peut être colossal et il conditionne grandement la qualité de votre projet.

L’art de faire des petits pas

L’autre problème qui est lié aux débuts, c’est de ne pas savoir graduer ses efforts dans le temps. Nous sommes trop ambitieux, nous surévaluons nos capacités productives… Et au bout d’un moment, la charge de travail parait trop importante pour que notre activité soit pérenne.

Quand notre force de volonté n’est pas assez développée, le meilleur moyen est de sectionner votre projet en plusieurs étapes et sous-étapes. Évidemment, si vous attaquez votre trilogie sur le moyen-âge des pays de l’Est d’un coup d’un seul en pensant le finir sans escales, vous vous mettez le doigt et même tout le bras dans l’œil.

Et si jamais vous trouvez que votre plan est encore trop contraignant ? Et bien, fractionnez, divisez, partagez, scindez les étapes encore et encore, jusqu’à ce que l’effort devienne insignifiant. De plus, le plaisir de pouvoir cocher une étape terminée vous procurera une satisfaction très agréable.

La maladie du perfectionnisme

L’un des plus gros problèmes que peut rencontrer un artiste aspirant, c’est la maladie du perfectionnisme. Non seulement vous n’avez rien préparé, nous seulement vous n’êtes pas organisé, mais EN PLUS votre travail ne s’avère jamais à la hauteur de vos exigences ! Évidemment que vous n’arrivez jamais à terminer quelque chose ! Le cas contraire relèverait du génie ou en tout cas du miracle…

Je crois que c’est le frein qui été le plus contraignant pour moi. Cette exigence tuait ma créativité puis toute envie de faire quoi que ce soit.

Votre faculté de vous juger sévèrement peut-être très utile, il n’est pas question de l’effacer, de la faire disparaitre de votre esprit à tout jamais.

Le problème, c’est de savoir quand l’utiliser…

Les 3 jets

C’est peut-être l’une des plus grosses révélations dans ma vie de créatif. Le problème n’est pas ma faculté de critiquer, mais tout simplement mon timing.

Selon moi, l’écriture d’un livre peut se scinder en trois jets différents :

  • 1)      Le jet du cœur
  • 2)      Le jet de tête
  • 3)      Le jet final

Le jet de cœur est sûrement l’étape la plus primordiale, la plus importante du processus de création. Cette étape vous appartient, elle appartient totalement à votre exaltation, votre motivation, votre enthousiasme des débuts. Écrivez, écrivez encore, ne cessez JAMAIS d’écrire ! Mettez votre surmoi en veilleuse et laissez votre main courir sur les lignes. C’est le moment idéal pour enchainer les pages, et ce sans jamais se soucier de la qualité.

Pour bien écrire, il faut d’abord apprendre à écrire MAL. Ne vous empêchez plus de commettre des erreurs, de faire des fautes d’orthographe, d’écrire des phrases insensées dans des paragraphes interminables.

Non seulement votre rendement s’en retrouvera décuplé, mais vous constaterez avec bonheur qu’une erreur peut vite se transformer en une occasion de créer quelque chose de nouveau, une association insolite entre deux idées préexistantes.

Le jet de tête : Ça y est, c’est votre heure, l’heure ou votre esprit critique pour se révéler au grand jour et montrer sa magnificence, sa puissance et sa perspicacité inégalable !

Vous pouvez maintenant endosser le rôle du critique. Faites le tour de tout votre tapuscrit, traquez les fautes, les phrases mal construites et les problèmes de cohérences narratives. Votre surmoi s’en donnera à cœur joie et sera enfin comblé.

Vous pouvez maintenant le laisser aller se reposer un moment…

Le dernier jet, c’est celui de la finition. Votre esprit critique est toujours là, mais il est apaisé. Maintenant, c’est une affaire de patience. Relectures, corriger les dernières fautes, optimiser les meilleurs paragraphes et supprimer les superflus, préparer ou perfectionner votre incipit… Prenez le temps, tout le temps qu’il faudra pour faire en sorte que votre livre soit la meilleure version de lui-même.

Cela dit, Il faut faire attention à ne pas retomber dans vos travers. Il y aura un moment où le point final sera inévitable. Un travail peut toujours se perfectionner, à l’infini. Mais vous, vous n’êtes pas parfait. Vous devez alors accepter votre finitude et céder au temps le droit de poser son sceau sur votre œuvre.

Une excuse bien pratique

L’une des raisons qui peuvent vous faire abandonner votre projet, c’est cette excuse très accommodante, qui tombe toujours au bon moment et qui vous souffle à l’oreille :

« mince, j’ai beaucoup progressé et évolué depuis que j’ai commencé mon livre… Il ne représente plus ce que je suis et ce que je veux faire ; peut-être que je devrais laisser ce livre-là pour en écrire un autre, plus proche de mon potentiel actuel »

/!\ Attention, danger /!\

Écrire un livre est un processus qui peut s’avérer long, voire très long. Il est évident que cela nous laisse le temps d’évoluer en tant qu’être humain et en tant qu’artiste.

Mais ce n’est pas une raison pour abandonner. Si vraiment vous pensez vous être amélioré et que le début de votre livre ne vous satisfait plus, alors réécrivez-le pour qu’il soit à la hauteur de vos attentes. Vous avez beaucoup travaillé pour en arriver là, ce serait dommage de faire demi-tour maintenant, alors que vous êtes si proches du but.

À moins que le problème ne vienne d’ailleurs…

Qui suis-je / Où vais-je ?

J’ai un adage qui m’accompagne depuis longtemps qui dit : « les idées appartiennent à tout le monde, les concepts aux individus ». Le concept est un agencement d’idées qui existent déjà. On en revient presque au problème de l’originalité dont j’ai parlé dans un article précédent.

Tout a été dit, tout a été fait. Nous avons tous eu des idées, souvent les mêmes. On découvre toujours trop tard que quelqu’un s’en est déjà emparé, qu’il se l’est déjà approprié. Mais là où vous pouvez sortir votre épingle du jeu, c’est en l’arrangeant avec une autre qui n’a rien à voir, ou qui a un lien secret avec elle.

Mais avoir une idée et construire un concept ne suffit pas.

Si les idées appartiennent à tout le monde, alors elles ne reviennent à personne. Une idée peut vous paraitre au premier abord passionnante et donc digne d’être le sujet ou la muse d’un projet personnel. Mais je pense qu’il est important de savoir si cette idée peut être faite pour vous et si, finalement, quelqu’un d’autre ne serait pas plus apte à l’utiliser, à en faire quelque chose.

Ce n’est pas un jugement de valeur, ni vouloir pousser à la compétition. Cela ne veut pas dire que vous n’êtes pas capable d’utiliser cette idée ou ce concept, mais que votre âme n’y est pas réellement sensible ou attachée.

Ne parlez pas de l’histoire de quelqu’un d’autre, ne marchez pas sur le chemin qui a été réservé à autrui ou dessiné par le chemin du troupeau.

Parlez de ce qui fait trembler votre cœur, remuer vos tripes et palpiter votre cerveau.

La peur de finir

Finir, c’est se confronter à sa propre fin, c’est affronter l’idée de la mort. C’est un mélange d’un peu tout à la fois : le perfectionnisme, la peur du réel et de l’engagement, etc.

Achever ne veut pas dire condamner. Après ce livre-là, il y en aura d’autres.

Sachez aussi dire au revoir, lâchez prise. Vous avez enfanté, maintenant votre progéniture doit grandir toute seule et partir à la rencontre de celui qui a été fait pour le recevoir et l’aimer pour ce qu’elle est.

Le garçon qui criait au loup

Je parlais la dernière fois de la visualisation, la capacité d’imaginer les effets positifs et négatifs de nos actions. J’ai aussi parlé par le passé du jugement de l’autre.

Je voudrais terminer cet article en parlant de ceux qui sont autour de nous.

Pendant toute cette période de votre vie où vous n’arriviez pas à terminer ce que vous essayiez d’entreprendre, à plusieurs reprises vous avez annoncé à votre entourage que vous étiez sur le point d’écrire un livre.

Puis ils ont constaté votre échec, de votre propre aveu…

Et ensuite, le cycle a recommencé, parfois des dizaines de fois.

Plus vous annoncez un projet ambitieux, plus vous finissez par avouer que vous avez abandonné, moins vos proches croiront en votre capacité à créer quelque chose de concret.

C’est un comportement tout à fait logique. C’est comme crier au loup sans qu’il ne se passe jamais rien.

Cependant, même si cette réaction est logique, cela ne veut pas dire qu’elle est nécessaire.

Certes, il est crucial pour vous de vous rendre compte de votre erreur, d’avoir persisté dans la délibération sans jamais la faire suivre par une action et une finalisation…

Faites, ensuite vous pourrez délibérer.

Mais la responsabilité peut être partagée. Plusieurs fois, par maladresse, on vous aura dit :

« mais pourquoi donc as-tu abandonné cette fois-ci ? »

Ils ne disent pas cela pour vous blesser, seulement pour essayer de comprendre le problème. Mais il est facile d’attendre la fin des évènements pour venir constater les dégâts. Vous leur avez annoncé votre projet, votre volonté de créer une œuvre artistique. Ils auraient peut-être pu prendre plus souvent des nouvelles de votre avancement. Ils auraient pu écouter vos remises en question, le récit des obstacles que vous avez rencontrés pour vous donner des idées, des débuts de solution…

Créer, c’est souvent être seul avec soi-même et ce qu’on fait. Il est difficile d’avoir un regard extérieur, de regarder avec du recul ce que nous faisons et pensons. De temps en temps, nous avons besoin du regard de l’autre, qu’on nous porte assistance ou soutien durant les épreuves.

Vous qui avez un créatif dans votre entourage, n’attendez pas le dernier moment pour distribuer votre sanction et votre jugement. Tenez-vous au courant avant qu’il vienne lui-même vous donner des nouvelles, soyez attentifs, soyez présent tout en sachant donner du temps et de la distance aux moments opportuns. Faites-lui comprendre que vous êtes avec lui, que vous êtes fier, qu’il peut compter sur vous s’il en a besoin.

Bientôt, il ne criera plus au loup. Votre frère/sœur, votre fils/fille, votre ami(e) viendra sur le pas de votre porte pour vous annoncer la grande nouvelle :

« Ça y est, c’est fait »

Et vous sourirez…


C’est avec joie et fierté que je l’écris : le challenge est maintenant terminé !

Cela peut paraitre dérisoire, mais si vous avez bien lu mon article (ce dont je suis sûr) vous avez compris qu’il est important de se donner des défis qui sont à la bonne mesure : assez grand pour demander des efforts et vous en récompenser, assez accessible pour ne pas vous pousser à sortir le drapeau blanc.

J’ai par le passé essayé maintes fois différents challenges de ce genre, sur des périodes beaucoup plus longues et avec des projets beaucoup plus compliqués. Sans surprises, je ne les ai jamais réussis !

Mais maintenant que j’ai trouvé un défi à ma mesure, je suis très heureux d’avoir réussi. Il faut maintenant être capable de recevoir, de profiter de la joie, d’être reconnaissant.

À présent, je vais jouir d’une semaine tranquille, sans objectifs précis, même si je vais en profiter pour bosser sur d’autres projets (dont je parlerai un jour ici) et me former sur différents domaines (référencement, Photoshop, etc.).

Le rythme des articles va prendre un rythme de croisière. Dans un premier temps, je vais essayer de produire un article de qualité par semaine, c’est-à-dire tous les dimanches à 18 h 30. Il est possible que je passe à deux si je m’en sens capable, mais je ne préfère pas l’annoncer et vous le promettre sans en être sûr.

Dans les jours qui suivent, je vous confirmerai le début de mon prochain challenge : écrire un livre en 30 jours ! Je posterai un article pour vous donner plus d’informations sur ce dernier (en plus de l’article hebdomadaire bien sûr).

En attendant, merci de m’avoir lu, merci à ceux et à celles qui ont commenté et liké. N’hésitez pas à venir donner vos avis ou juste discuter avec moi, partagez les articles qui vous plaisent autour de vous…

Encore merci et à la semaine prochaine !

STUPR

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