Le livre

Contexte

Aujourd’hui le support « livre » semble en péril. Une enquête de Médiamétrie (novembre 2018) nous démontre que 69 % des Français se sont connecté tous les jours sur internet. Les générations se succèdent et lisent à chaque fois moins de livres que les précédentes, et le bac littéraire ne représente moins d’un dixième du total des bacheliers en 2015. Selon certains sondages, pour invoquer les raisons de l’abandon de la lecture, les Français expliquent qu’ils n’ont plus le temps ou qu’ils préfèrent le passer dans d’autres divertissements (streaming, jeux vidéo, réseaux sociaux, etc.) …

Pourtant le nombre de livres publiés chaque année est toujours aussi colossal et chaque rentrée littéraire tente d’amener de nouveaux auteurs sur le marché.

Aujourd’hui, lire est devenue principalement une occupation de niche, une quête de spécialiste (les livres vendus à moins de 10 000 exemplaires représentaient 63 % du total des ventes de livre en 2016).

Dans les formations de l’élite de la société, lire n’est plus une priorité et l’on demande des compétences qui sont plus en phase avec notre époque (mathématiques, juridiques, économiques).

En tout cas c’est le constat de Claude Poissenot (Enseignant-chercheur à l’IUT Nancy-Charlemagne et au Centre de REcherches sur les Médiations (CREM), Université de Lorraine) dans un article posté sur le site psychologies.com.

En ce qui concerne le livre numérique, selon un article du site Librinova, il se conduit plutôt bien et ne semble pas porter spécialement préjudice à son cousin de papier. Au contraire, ces deux supports semblent se synchroniser, se compléter.

Quoi qu’il en soit, la lecture de livres n’a plus autant le vent en poupe qu’auparavant.

Quand j’étais enfant et adolescent, je lisais assez régulièrement. Comme pour beaucoup, c’est Harry Potter qui m’a en premier donné l’envie de lire le soir avant de m’endormir.

Plus tard, j’ai découvert la philosophie puis le développement personnel et autre livre de non-fiction qui m’ont occupé pendant pas mal d’années.

Sauf que…

Le divorce

Je ne sais pas quand a vraiment commencé le désamour entre moi et le livre, en tout cas avec le livre littéraire. Encore aujourd’hui, je continue de lire de la poésie, de la philosophie, de la sociologie et autres essais. Mais quand j’ouvre un roman, la réaction est physique, épidermique : il finit toujours par m’échapper des mains pour ne plus jamais y reparaitre.

Comme beaucoup de gens, l’influence des nouveaux médias, des séries, des films et autres fictions d’internet sont passés par là. Le livre demande plus d’efforts, plus d’investissements au lecteur qu’un long-métrage ou un sketch sur YouTube.

Mais au-delà de ce facteur, je crois que le support arrive petit à petit au terme de son expression et de son potentiel.

L’imprimerie existe depuis le 9e siècle en Chine et depuis le 15e siècle en Europe. Le premier roman de l’histoire a été écrit par Murasaki Shikibu en l’an 1007 au Japon. Le livre a connu son âge d’or à la fin du millénaire… Autrement dit, il a bien vécu. Maintenant, ce support tend à devenir une relique, des pièces d’archives numériques.

Tous les mois, par nostalgie, je retourne dans la librairie de mon quartier. J’erre dans les rayons à la recherche d’un titre aguicheur, d’un sujet original ou d’une couverture intrigante. Après de longues et laborieuses prospections des différents étages, je reviens tout penaud à la caisse avec mon petit roman, puis je rentre chez moi, j’essaye de m’y atteler tant bien que mal jusqu’au plus triste des constats, toujours le même : le livre ne me fait plus rêver.

Les intrigues, les personnages, les descriptions, les allégories, les passages poétiques, les emphases lyriques n’ont plus aucun effet sur moi. Pire, ils m’ennuient terriblement. À chaque fois j’ai l’impression pénible de pouvoir deviner chaque phrase qui sera prononcée, chaque dénouement qui sera dévoilé.

Comme un bon vieux réactionnaire nostalgique, j’ai mis ça sur le dos des auteurs contemporains. J’éructais ma frustration, je plaignais la littérature française moderne et son manque flagrant de talent et d’originalité.

Mais c’est quand j’ai voulu relire des romans que j’ai vraiment aimé par le passé que j’ai compris que ce désamour n’était pas un problème générationnel.

Les effets magiques du livre s’étaient estompés avec le temps.

Moi qui, à l’époque, rêvais de devenir écrivain, je ne pouvais supporter cette contradiction.

Beaucoup d’artistes ressentent cette frustration quant à leur support de prédilection. Mais la plupart s’en sortent en se disant qu’ils doivent écrire ce qu’ils ont envie de lire, créer ce qui selon eux n’existe plus ou pas encore.

J’ai essayé de me faire à l’idée. Mais ça n’a pas fonctionné longtemps. 

L’après

Toujours transi par cette obsession d’écrire un livre, je limitais mon horizon créatif. Pour être sincère, je ne crois pas que le livre est fondamentalement mort. Comme je le disais, je prends encore autant de plaisir à lire des essais ou de la poésie.

La poésie et l’écriture fragmentaire des ouvrages philosophiques (comme les recueils de maximes & aphorismes) me semblent plus en phase avec notre temps et l’évolution de nos goûts. Comme le disait Henri Roorda, à notre époque où les gens n’ont « plus le temps », où ils courent après ce dernier et le train de leur vie, les livres doivent être minces. Minces oui, mais aussi plus substantiels, plus consistants.

Et puis, est-ce vraiment un mal que le livre se transforme ? Qu’il passe de l’objet ordinaire (il n’y a pas plus ordinaire aujourd’hui qu’un livre de poche) à une relique précieuse, un artefact de notre passé, un bijou de la culture humaine précieusement conservé dans son étoffe de cuir et de papier ?

Tout comme l’artiste (j’en parlerai dans un futur article), je crois que ce support a un nouveau rôle à jouer aujourd’hui.

Le livre doit devenir un objet sacré, la représentation et la fonction de la mémoire individuelle et collective.

Si les bouquins peuvent encore être utiles aujourd’hui, c’est en dehors du marché, en dehors de l’économie de l’art.

Il doit servir aux individus, ceux qui veulent laisser non pas une empreinte égoïste, mais un héritage. Il doit servir à la famille, aux générations futures.

Il pouvait vous paraitre contradictoire que je parle de nouvelles formes d’expressions, de nouveaux supports ; que je parle de mon désamour du livre littéraire ; que je parle de l’artiste « mutant » …

 Mais si je vous ai fait part de mon projet d’écrire un livre (qui arrivera prochainement), c’est dans un but précis qui correspond à ce que je viens de défendre.

Écrire un livre ne doit plus se résumer à simplement raconter des histoires, décrire un monde imaginaire et laisser une trace éternelle de notre glorieuse suffisance. L’acte en lui-même doit être un acte désintéressé, tourné vers les autres.

Parlons peu, parlons bien : quand je parle des « autres », je ne parle pas de la masse informe d’un public que vous ne connaitrez jamais vraiment. Je parle de ceux qui vous concernent, ceux qui sont le plus proches de vous : vos proches et votre famille.

Personne ne sait quand il va mourir. Quand l’heure sera venue, il sera trop tard pour essayer de rattraper le temps perdu, trop tard pour dire à ceux que vous aimez le contenu de vos pensées, de vos sentiments et de ce que vous avez toujours voulu leur transmettre.

Écrire un testament est un acte qui ne s’emploie pas dans un futur hypothétique et lointain. Il faut le faire maintenant. Mais le livre n’est pas un simple testament, il est le résumé de votre être, votre histoire, vos actions…

Pour synthétiser : le livre est votre meilleur outil et support afin de faire le meilleur pour vous-même et votre famille.

Chaque foyer devrait détenir ses propres archives familiales, sa propre bibliothèque qui serait érigée et remplie de l’histoire des vivants et de ceux qui sont déjà partis. Tout le monde est concerné, vous, vos enfants et les personnes âgées qui n’ont plus d’oreilles pour transmettre tout le fruit de leur expérience.

Dans un monde meilleur, la culture deviendra l’articulation principale de la communication, de l’apprentissage et de la cohésion au sein des communautés humaines.


Sources :

http://bit.ly/2YMgtuM

http://bit.ly/2G7Elll

http://bit.ly/30sjfpI

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